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1083, une histoire de mode éthique et locale

Ca faisait un moment que j’avais envie d’écrire sur 1083. Je les connais depuis leur création, ayant été impliquée dans une autre vie dans le développement de la marque de vêtements éco-responsables UKIND. À l’époque, la boutique Modétic (précurseur de 1083 en quelque sorte) avait accepté de prendre nos T-shirts en coton bio et encrés végétaux en dépôt-vente. Ce n’était pas encore tendance d’être écolo, c’était donc un pari. Je suis donc ravie que Romain de 1083 ait accepté de répondre à mes questions que vous trouverez ci-dessous. Longue vie à cette entreprise qui brille par son intégrité, son savoir-faire et sa qualité !

Et pour découvrir leur travail : rendez-vous sur leur site

L’équipe de 1083

Le bonheur vient : Le terme 1083 prend tout son sens, lorsque l’on parcourt votre site et que l’on comprend qu’il s’agit de se concentrer sur une production 100% française (1083 km étant la distance qui sépare les deux villes les plus éloignées de l’Hexagone). D’où vient cet engagement ? Qu’est-ce qui vous a poussé à créer 1083 ? En somme, qui est derrière 1083 ?

1083 : En 2007 Thomas Huriez crée la boutique Modetic en plein centre-ville de Romans sur Isère dont la vocation est de revendre des vêtements éthiques et responsables. À cette époque les vêtements éthiques n’étaient pas très tendances et touchaient une cible de clientèle très restreinte. Face à ce constat Thomas décide en 2013 de lancer « 1083 » sa propre marque de vêtement Made in France, éco-conçu et surtout tendance en se positionnant sur deux produits universels, basiques du quotidien : le jeans et les baskets. 1083 a débuté avec pour objectif de rapprocher les consommateurs et les producteurs. Alors qu’un jeans parcourt en moyenne 65 000 km entre son lieu de production et son lieu de commercialisation, nous avons relevé le défi de fabriquer en France des jeans bio et des paires de baskets éco-conçues à moins de 1083km du consommateur, la distance qui sépare les deux villes les plus éloignées de l’hexagone (Menton, dans le sud-est, et Porspoder, dans le Finistère). Pour ce faire, Thomas a parcouru la France entière à la recherche d’atelier de confection, de tisseurs, de filature et de teinturiers. Une fois les savoir-faire réunies, 1083 connut un succès dès son lancement avec plus de 100 000€ récoltés sur la plateforme de financement participatif Ulule contre un objectif initial de 10 000€, un record à l’époque. Cette trésorerie a permis à Thomas de financer une première production et de constituer une équipe autour de lui pour arriver aujourd’hui à la création de 60 emplois en France (25 emplois directs et 35 emplois indirects) et plus de 50 000 jeans vendus en 5 ans. Nous prônons un modèle économique vertueux en circuit-court et créateur d’emplois. Nous réduisons les intermédiaires et les distances, ce qui nous permet de diminuer les coûts financiers (jeans 1083 vendus entre 89€ et 109€) et l’impact carbone de la production textile.

LBV :  Depuis la création de votre premier jean, vous n’avez de cesse de diversifier vos produits. Quelle est votre marche à suivre ?

1083 : Etant situé à Romans, la capitale de la chaussure, il était symbolique pour nous de se positionner sur ce produit qu’est la chaussure. Ensuite les choses se sont faites naturellement, nous faisons des jeans, alors pourquoi ne pas proposer son accessoire la ceinture ! On s’est rendu compte que la toile de jean n’était pas l’apanage du pantalon mais qu’elle pouvait aussi être utilisée pour d’autres produits nous avons donc fait des vestes en jeans, des chaussures en jeans, des chemises en jeans et nous utilisons même la toile de jean pour nos chaises de bureaux et notre isolation. Nous avons saisi l’opportunité d’avoir la toile de jean à portée de main pour la décliner et ainsi créer de nouveaux débouchés en laissant place à notre imagination.

La suite on l’envisage en mode « upcycling », nous voulons proposer le 1er jean 100% recyclé, nous récupérons des anciens jeans usagés pour en extraire les fibres de cotons et refaire un jean avec, de tel sorte que nous ne soyons plus dépendants des cultures de cotons à l’autre bout du monde, et qu’on dispose de la matière première à portée de main.

LBV : Des projets futurs ou nouveautés pour 1083 ?

  • 1083 : L’ouverture de « L’école du jean » en septembre 2018 ! Notre enjeu principal est celui de la formation et des savoir-faire. En effet nous avons de grandes difficultés à recruter des couturières pour la confection des jeans par manque de savoir-faire en France sur ce métier. Trouver des personnes avec le savoir-faire adéquat pour la confection du jean est un vrai casse-tête pour nous, nous avons donc décidé de lancer notre propre centre de formation dans notre atelier à Romans qui visera à former du personnel compétent qui deviendront nos couturières.
  • La sortie pour novembre 2018 d’un jean 100% polyester issue des déchets marins qu’une entreprise partenaire recycle en le transformant en fil. Nous avons déjà fabriqué des prototypes à partir de ce fil, le résultat est concluant, nous allons donc lancer la production pour une sortie en novembre 2018.
  • L’ouverture de « La Fabrique » en 2020 dans les anciens locaux de l’usine Jourdan. Ce projet à 5 million d’euros en plein cœur de la ville de Romans est pour nous un symbole fort. Ce lieu va nous permettre de rétablir le lien historique qui relie Romans aux métiers du textiles et de la chaussure. Nous prévoyons de créer 50 nouveaux emplois dans ce lieu grâce à l’ouverture d’un atelier ouvert au public (tourisme industriel), d’un centre commercial et d’un lieu hautement participatif et expérientiel pour le visiteur.
  • Aussi nous prévoyons de dupliquer notre modèle économique basé sur le circuit court à l’étranger. Nous souhaitons en effet ouvrir des ateliers de fabrications à l’étranger afin que l’atelier en question assume une distribution locale. L’idée n’est donc pas d’exporter car cela n’a pas plus de sens pour nous que d’acheter des produits qui viennent de l’étranger, l’idée est plutôt d’exporter un modèle.

LBV : Aujourd’hui nous parlons beaucoup de bio, locavore, kilomètre zéro, traçabilité des produits, fait main, cruelty free, vegan, slow cosmétique : quel est votre positionnement par rapport à ces nouvelles tendances des consommateurs ?

1083 : Pour qu’un produit soit accepté et apprécié par le marché, il se doit d’être mode, nous mettons donc avant tout l’accent sur le côté mode de nos jeans, ensuite nous disons qu’il est Made in France et bio. La mode éthique était mal considérée il y a une dizaine d’années car c’était principalement des vêtements types pancho péruvien qui touchaient une cible de clientèle très réduite. Aujourd’hui, nous proposons des jeans homme et femme en différentes coupes (droite, ajustée, slim), en différentes couleurs (noir, camel, anthracite) et en différentes tailles (haute et moyenne), l’objectif étant de toucher le plus grand nombre de personnes.

Nous ne voulons pas être identifiés à une tendance, une mode passagère nous avons juste conscience des enjeux de notre époque et tentons de trouver des solutions à notre échelle.

Ça n’a rien de culturel, produire des jeans made in France et responsable est quelque que chose d’essentiel et qui va de soi. Nous sommes plus dans une quête de sens, tous ces termes que vous avez évoqués peuvent vite être galvaudés et utilisés à outrance, ce qui finit par décrédibiliser toutes les belles initiatives qui se mettent en place. Nous nous appuyons donc sur des labels et une communication transparente quotidienne pour faire la preuve de nos intentions.

LBV : Notre blog s’appelle « Le bonheur vient » dans l’idée où chacun contribue à se forger sa propre idée du bonheur (le bonheur vient en mangeant, en créant, en travaillant, etc). Pouvez-vous compléter la phrase pour vous: « Le bonheur vient… »

1083 : « Le bonheur vient en fabricant et en consommant locale »

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