BOUGER,  PENSER

Like the Wind

Si Like the Wind n’existait pas, j’aurais aimé l’inventer. C’est mon coup de coeur absolu en 2015. Plutôt que de vous décrire le concept avec mes mots, j’ai contacté la rédactrice en chef et co-fondatrice du magazine Julie Freeman, qui a gentiment accepté de répondre à mes questions. Bonne lecture !

Qu’est-ce qui vous a donné envie de commencer le magazine, comment vous est venue l’idée ?
C’est lors de notre lune de miel (une rando autour du Mont-Blanc car nous n’avions pas d’argent pour une destination plus exotique !) que l’idée nous est venue. Nous étions déjà des consommateurs avides de magazines tels que Rouleur, The Ride Journal ou encore Alpinist, et ne comprenions pas pourquoi la course à pied n’avait pas « son » magazine alternatif. Nous étions d’abord certains que d’autres avaient dû essayer – et échouer. Mais en étudiant la chose de plus près, nous n’avons pas réussi à trouver d’exemples, et avons décidé qu’il valait la peine de nous lancer dans l’aventure. Trois mois plus tard, nous annoncions le concept, et six mois plus tard, le numéro 1 sortait.

Chamonix, la route de l'UTMB version fantasie. Couverture du numéro 6 par Aurore Carric, traileuse vivant a Dijon (https://www.behance.net/aurorecarric). Disponible en poster 30x40cm.
Chamonix, la route de l’UTMB version fantasie. Couverture du numéro 6 par Aurore Carric, traileuse vivant a Dijon. Disponible en poster 30x40cm.

 

No 7 - illustration par David Wardle (http://www.davidwardle.co.uk/)
No 7 – illustration par David Wardle

Pouvez-vous expliquer le titre ?
Le titre nous est venu en quelques minutes. Nous voulions quelque chose qui ne contienne pas le mot ‘running’, et en tant que francophone, j’aimais beaucoup l’expression anglaise « Run like the wind » – qui est devenu Like the Wind, pour une référence subtile au monde de la course a pied.

Pouvez-vous nous détailler un peu le contenu du magazine (articles / photos / illustrations) ?
Notre « motto » est « It’s not How to run, it’s Why we run », ce que l’on pourrait traduire (plutôt maladroitement) par « Ca n’est pas Comment nous courons, mais Pourquoi nous courons ». Je suis Suisse francophone mais après tant d’années à Londres, mon français est un peu rouillé 😉

De manière très égoïste, Like the Wind représente une collection de ce qui nous manquait : des histoires et des visuels superbes. Il y a assez de magazines qui couvrent déjà l’aspect de « Comment courir » et publient des recettes, des comparaisons de chaussures et des plans d’entraînement. Notre angle est celui des histoires personnelles, de ce qui se passe dans la tête des gens lorsqu’ils vont courir. Nous publions les mini-films qui se tournent dans l’imaginaire des coureurs en entraînement, et les drames qui se jouent pendant une course. Pour beaucoup de nos lecteurs et contributeurs, la course est un moment magique qui rend la vie un peu plus facile – et toutes leurs histoires ne manquent jamais d’inspirer ceux qui ont un moment d’hésitation avant une séance ou un doute avant une course.

Art par illustratrice danoise Julie Hyld (www.instagram.com/hyld), également co-foundatrice de Voltwomen (www.instagram.com/voltwomen). Paru dans notre numéro 2 et disponible en Poster Giclée 23x23cm
Art par l’illustratrice danoise Julie Hyld, également co-foundatrice de Voltwomen. Paru dans notre numéro 2 et disponible en Poster Giclée 23x23cm

Est-ce que vous contactez les illustrateurs et auteurs, ou fonctionnez-vous avec une sorte d’invitation ouverte à contribuer, avec un suivi éditorial derrière ?
Les contributeurs nous écrivent de part le monde. Avant même que le numéro 1 sorte, le bouche-à-oreille avait tellement bien fonctionné que nous recevions un email d’un certain d.karnazes qui proposait de nous offrir un article. Nous avons pensé que c’était un canular, mais il s’agissait bien de l’ultrarunner américain ! Nous avons finalement publié son article dans le numéro 2. La plupart de notre contenu ne provient pas de superstars ou de journalistes établis, mais plutôt de coureurs qui ont quelque chose à dire, et même si leurs mots sont un peu maladroits, nous avons une professionnelle qui en fait quelque chose d’agréable à lire.

Une fois notre sélection d’articles bouclée, nous envoyons les textes à tous nos illustrateurs, qui font leur choix et ont carte blanche pour transformer les mots en images.

Nous essayons d’équilibrer chaque numéro et couvrir la route, le trail et le stade, avec parfois plus de poids sur l’un ou l’autre. En août, nous avons lancé un spécial ‘montagne’ à Chamonix durant la semaine UTMB alors que l’édition précédente, qui s’ouvrait sur une série de photos superbes prises durant une soirée pluvieuse sur une piste, a été inauguré dans un petit stade local à Londres durant les championnats anglais de 10,000m.

Comment est financé Like the Wind ?
Le magazine a été financé entièrement par mon mari et moi pendant les 5 premiers numéros. Nous avions économisé un peu d’argent pour rénover notre vieille cuisine, et avons décidé de produire un magazine à la place. 7 numéros plus tard, toujours pas de cuisine 😉 Ceci n’est évidemment pas tenable sur le long terme, et nous avons commencé à accepter 2 pages publicitaires par numéro, bien loin des 50% de pub qui sont la norme dans le milieu. Celles-ci collent complètement au concept Like the Wind puisque c’est nous qui les créons en partenariat avec les marques.

Nous grandissons petit a petit et même si nous sommes maintenant lus dans 35 pays, il s’agit toujours d’une petite opération de cuisine avec juste mon mari et moi à temps partiel (nous travaillons tous deux à plein temps à coté du magazine), et quelques volontaires qui nous aident. Personne n’est payé, même pas les illustrateurs professionnels ; mais nous vendons leurs illustrations en ligne, et tous les bénéfices leur reviennent directement. Nous espérons cependant arriver très bientôt à un stade où nous pouvons payer les contributeurs – et ceci devrait être possible en vendant plus d’exemplaires.

Chez l'imprimeur a la sortie du No 1
Chez l’imprimeur a la sortie du No 1

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le numéro actuel (#7) et les personnes qui ont font partie ?
Beaucoup de courage dans ce numéro, avec notamment les histoires de coureurs qui ont utilisé la course à pied pour combattre une anorexie, un cancer ou encore pour revenir d’une opération qui les a laissés en chaise roulante pendant des mois.

Nous partons également dans les Alpes avec une série du photographe Ian Corless sur l’équipe de la fédération de Skyrunning, et un article qui suit ce qui se passe en coulisses à l’UTMB du coté des bénévoles.

Sarah Attar, la première femme invitée à courir pour l’Arabie Saoudite dans les jeux olympiques, nous fait l’honneur d’un entretien et la publication de ses photos (elle est également artiste).

Pour ma part, je parle d’un sujet plutôt tabou : les fausses-couches et les cycles menstruels dans la course à pied, avec des interviews de l’ultrarunner Anna Frost et la marathonienne olympique Liz Yelling.

Et c’est un français qui nous fait l’honneur de la couverture du No 7 : Vincent Dogna est un marathonien parisien qui peint d’incroyables toiles sur le thème de la « ligne bleue » – cette ligne qui suit la distance exacte durant un marathon.

 

Couverture No 7, Vincent Dogna (http://www.artandrun.com/). Disponible en poster giclée 30x40cm sur le site de Like the Wind
Couverture No 7, Vincent Dogna. Disponible en poster giclée 30x40cm sur le site de Like the Wind

 

No 7 - Serie photo sur la scene ultratrail en Pologne par Michal Unolt (http://uboot-studio.com/)
No 7 – Serie photo sur la scene ultratrail en Pologne par Michal Unolt

Au-delà de la course à pied, le magazine touche un autre lectorat grâce à son aspect esthétique, son design et la qualité de ses contributions graphiques. Comment est-ce que vous combinez les deux ?
Simon et moi sommes tous deux attirés par les belles choses – j’ai fait une école d’art et travaille dans le domaine du web, et Simon est un photographe amateur. Il était tout naturel pour nous de vouloir produire un magazine qui soit aussi beau que ceux qui nous inspirent. Il y a une certaine beauté dans la course à pied qui n’était que rarement documentée jusqu’à présent.

Tous nos artistes sont des coureurs eux-mêmes; ca n’est pas souvent qu’ils ont l’occasion d’illustrer leur passion – et encore moins qu’on leur donne carte blanche. C’est la raison pour laquelle ils sont si généreux et nous offrent le fruit de leur travail.

Il y a énormément de photographes super talentueux – souvent aussi coureurs eux-mêmes – qui n’ont aucune plateforme pour exposer leur travail autre que leur blog personnel. Nous trouvons ces photos et les posons sur un très beau papier mat pour rendre justice à leur travail.

La couverture du No 6, illustrée par une traileuse française, Aurore Carric, faisait partie des nominés pour la ‘Couverture de l’Année’ lors des Stacks Indie Mag Awards pour son gaufrage audacieux – une nomination qui nous a fait extrêmement plaisir vu le calibre des autres candidats.

Couv. Numero 6
Couv. Numero 6

Quels sont vos souhaits pour l’avenir de Like the Wind ?
Plus de tout ! Plus de lecteurs, plus d’événements… Nous avons organisé une semaine d’activités dans une galerie d’art a Londres, avec une expo, des conférences, séminaires et soirées film : c’était un rêve que d’avoir des milliers de runners dans un espace, et les discussions étaient passionnantes. Nous aimerions prendre ce concept en tournée et travaillons très dur pour y arriver.

Le nom du blog est « Le bonheur vient » – comment résumeriez-vous votre version du bonheur ?
Le bonheur vient de pouvoir courir quand tellement d’autres ne peuvent pas – or « Run while you can ». Notre dernière édition contient un article écrit par Jenny Baker, une runner qui décide de couvrir le trajet de chez elle à l’hôpital, pour ses séances de chimio, en courant. Cette course contre l’adversité la rend plus forte et confiante qu’elle a le dessus sur la maladie. Nous avons imprimé ses mots en arrière de couverture :

« Cours pendant que tu peux. Pousse ton cœur à battre et tes poumons à travailler. Utilise ton corps, dépasse tes limites. Sens la douleur douce dans tes muscles qui te fait savoir qu’ils ont travaillé dur. Abandonne le tapis roulant. Cours sous la pluie, à l’ombre et au soleil. Traverse les parcs, suis les canaux, les routes et les sentiers. Cours pour ta vie, et ta vie t’en remerciera. »

‘Go running while you can. Get your heart pumping and your lungs working. Use your body, push yourself beyond your limits. Feel the sweet ache of muscles that have worked hard and are letting you know about it. Get off the treadmill and out of the gym. Run in the rain, in the shade, in the sun. Run through parks, along canals, beside roads, on trails. Run for your life, and your life will thank you for it.’

Retrouvez Like the Wind ici, ici, ici et ici

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