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Le Norse Man de Bordeaux

Ce qu’on aime dans Le Bonheur Vient, c’est pouvoir partager avec nos lecteurs des portraits de personnes qui nous inspirent. Aujourd’hui, nous sommes allées à la rencontre de Loïc Lepoutre, kiné bordelais, triathlète et Norse Man.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Norse Man, on vous invite vraiment à découvrir le court documentaire réalisé par Intérieur Sport il y a quelques années de cela et qui restitue une toute petite partie de l’esprit de cet événement. Parce que ça va bien au-delà des caméras. C’est un des Ironman (un Ironman est un triathlon enchaînant 3 à 8 km de natation, 180 km de vélo et un marathon) les plus difficiles de la planète. Egalement l’un des plus humains, des plus éthiques et des plus solidaires. Loïc est devenu Norse Man en août 2014. Il nous raconte son expérience ici.

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Le triathlon, c’est sa passion. Egalement un passe-temps très prenant, avec entre 20 et 30 heures par semaine consacrées à cette discipline, en plus de son activité professionnelle à plein temps de kiné, le développement d’une entreprise de conseil et d’accompagnement de sportifs en tout genre (Sports Analyse à Pessac), membre spécialisé de la Clinique du Coureur, et de sa vie familiale avec l’arrivée d’un petit garçon il y a deux mois. Autant vous dire que concilier le tout relève déjà d’un exploit. Avec 4 à 5 sorties de natation par semaine, 4 à 5 sorties de course à pied, ainsi que 300 à 400 km de vélo hebdomadaires, Loïc figure parmi les grands triathlètes français. Mais lorsqu’on lui pose la question de sa course ultime, il répond sans hésitation le Norse Man. « Je souhaite à tout le monde de le faire une fois », dit-il.

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Une expérience humaine incroyable, qui dépasse parfois les mots ou la simple description. On le sent quand il en parle, avec les yeux qui s’illuminent lorsqu’il se remémore la course. Le Norse Man, c’est sa course la plus dure, avec des conditions météorologiques extrêmes et en complète autosuffisance (à base de produits naturels uniquement, quinoa, fruits secs et oléagineux), mais en même temps sa course la plus mémorable. Un véritable exploit sportif et émotionnel qui fait toute la notoriété de l’événement, et ce qui fait que les 250 places pour cette course annuelle qui a lieu au mois d’août dans le Sud de la Norvège s’arrachent. Un tirage au sort permet de désigner les heureux élus, dont la moitié sont des Norvégiens. Ici, pas de marques, pas de village expo, pas de marketing. L’argent qui est attribué aux gagnants via des sponsors est reversé à une association caritative de leur choix. Cette course se distingue donc très nettement des événements à plus forte visibilité ou participation, et c’est ce qui est en fait une expérience d’autant plus humaine.

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Le départ se fait au petit matin, alors qu’il fait encore nuit noire. Il faut plonger dans une eau dans laquelle on ne voit rien, et dont la température varie très nettement en fonction du temps. S’il fait très chaud par exemple, l’eau sera d’autant plus froide car les glaciers fondent et remplissent les zones fluviales. En 2014, lorsque Loïc prend le départ, elle est à température « acceptable », c’est-à-dire entre 13 et 14°C. Il faut attendre que tous les participants aient sauté pour prendre le départ, matérialisé un peu plus loin par des canoës. Autant vous dire que cela peut prendre un certain temps, lorsque les participants n’arrivent pas à se résoudre à se jeter à l’eau.

Selon Loïc, les 3,8 km de natation sont les plus durs psychologiquement. Il faut prendre le départ, sans voir l’arrivée, cachée par une montagne, sans savoir où aller exactement. Guidé par les canoës et l’équipe encadrante, on arrive sur une plage de galets où le charismatique organisateur sort personnellement chaque participant de l’eau. C’est ça aussi, le Norse Man : une course à échelle humaine.

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On poursuit avec 180 km de vélo, allant d’Ouest en Est. 45 km de montée dès le départ, qui donnent la tendance. Lorsqu’on part, en bas, il fait 20°C. Arrivé en haut, 45 km plus tard, il fait -2°C. Le vent est glacial. Les orages occasionnels donnent une ambiance quasi apocalyptique à l’ensemble et plongent le paysage dans une obscurité soudaine. Cette météo variable et extrême est le facteur le plus difficile à gérer.

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On termine le périple avec 42,195 km de course à pied. Les 25 premiers km sont quasi plats et longent un fjord. Les 7 km suivants, en direction de la station de ski en haut d’une montagne, sont avec une pente tellement raide, que tu montes à quatre pattes sur quasiment la totalité. Au bout de 32 km donc (et 3,8 km de natation et 180 km de vélo…), on arrive au seul et unique checkpoint de la course, où un médecin nous examine et détermine – en lien aussi avec la barrière horaire – si l’on est en mesure de continuer vers le sommet de la montagne (et obtenir ainsi le fameux T-shirt Norse Man noir, un maximum de 165 participants sur les 250), ou alors, s’il faut redescendre (et finir avec le T-shirt Norse Man blanc). Même si Loïc nous indique que cette différenciation n’a, au final, que très peu d’incidence le lendemain, chacun des finishers est Norse Man, car chacun parcourt la distance.

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Loïc, parti dans les 20 premiers jusqu’à ce fameux checkpoint, obtient donc le feu vert pour poursuivre sa route jusqu’au sommet. 10 km de montée. Ici, pas de route, pas de signalétique, tu crées ton chemin comme tu peux, en visant l’antenne qui marque le sommet et donc l’arrivée. A partir de ce checkpoint 32, tu as l’obligation d’avoir un lièvre, qui t’accompagne sur ta route. Loïc a pu compter sur son équipe de six, dont sa femme, qui l’a accompagné tout le long du parcours de vélo, grâce à la voiture de location, et en courant à ses côtés, lors de la partie marathon.

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Une arrivée marquée par l’émotion. Sur le plus haut sommet du Sud de la Norvège, tu as non seulement droit à une vue hallucinante, mais aussi le soulagement et la fierté d’avoir terminé. Loïc a accompli son Norse Man en 14h. Il visait moins, mais a eu 1h de passage à vide au checkpoint du 32ème km, après une pente de 7 km gravie en plus de deux heures… Ce qu’il retient ? La montagne, visible au loin sur la route, objectif ultime de cette aventure hors normes. Mais aussi la simplicité des participants, l’absence d’élitisme, le partage. Somme toute une expérience incroyable.

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Un objectif prochain ? Refaire le Norse Man, cette fois-ci en étant encore plus entraîné et préparé, pour figurer dans les premiers. Loïc se réinscrit, avec espoir, au tirage au sort tous les ans. Er pourquoi pas se laisser tenter par la fameuse Diagonale des Fous à La Réunion en suivant. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que derrière l’humilité, la gentillesse et la générosité de Loïc, se cache un Ironman au sens littéral du terme, véritable homme de fer qui peut se targuer avec fierté d’être le Norse Man de Bordeaux. Respect.

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Photos : copyright Loïc Lepoutre

 

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