BOUGER

Behobia San Sebastian, ou les montagnes russes des émotions

Behobia San Sebastian, dit « BSS » pour les initiés, est une course de 20 km au Pays Basque espagnol, reliant Behobia à San Sebastian. Quelques côtes un peu méchantes (attention aux amateurs – gardez-vous de l’énergie pour le km 6 et le km 17), mais somme toute une course comme il y en a beaucoup d’autres tout au long de l’année et à travers la planète.
Sauf que BSS, c’est spécial. Déjà, parce qu’il y a une ambiance d’enfer. Que tu sois premier ou dernier, les Espagnols te soutiennent tout le long à coups de « animo », « venga » ou « campeones ». Dans certaines parties plus urbaines, tu es tellement encouragée que tu as l’impression de faire quelque chose d’extraordinaire, d’être quelqu’un d’extraordinaire. Quelques tronçons où tu pourrais être un cycliste en train de monter le Col du Tourmalet pendant le Tour de France tellement il y a du monde. Bref, vous voulez courir 20 bornes dans une atmosphère incroyable, faites BSS. Ce n’est pas pour rien que plus de 30.000 coureurs s’y engagent chaque année, et que les dossards s’arrachent plusieurs mois avant l’événement.

Behobia San Sebastian, c’est aussi une course toute particulière pour moi, car je ne la cours pas seule. L’an dernier, ce fut la découverte avec ma coéquipière de toujours, Anne. Nous sommes tombées des nues en voyant autant d’enthousiasme autour des vaillants coureurs qui, malgré la pluie et le froid, se sont lancés dans l’aventure. Cette année, c’est avec une vingtaine d’amis coureurs d’A2 running que nous nous sommes rendus à Behobia. En ayant récupéré les dossards tous ensemble la veille. En ayant organisé une pasta party tous ensemble le soir avant. Bref, la course à pied dépasse les quelques heures où tu fais bouger tes jambes et prend tout son sens dans les moments comme ça.
Quasiment 30° et sous un soleil aveuglant, nous avons pris le départ cette année. Kelly, Barbara et moi étions décidées à finir ensemble. La chaleur assommante, une préparation un peu freestyle, des petites blessures qui tiraient encore, tout ça a pimenté nos 20 km. Il y a eu des moments d’angoisse, des moments de rire, des moments d’émulation, des moments de pleurs. A deux reprises, se poser concrètement la question : « est-ce qu’on va passer la ligne d’arrivée ? ». Ligne d’arrivée que nous avons franchie, main dans la main toutes les trois, à 2h 42 minutes et 47 secondes, soit 2 minutes 13 avant le temps de disqualification officielle. A ce moment-là, et pendant le dernier kilomètre où tu sais pertinemment que tu vas y arriver, que nous l’avions fait, il y a tellement d’émotions qui te traversent l’esprit. Un moment que je n’oublierai jamais : arriver à 300 m de l’arrivée et voir tous les autres coureurs d’A2 running, sur le bord de la route, en train de nous encourager de toutes leurs forces. Franchir la ligne d’arrivée et nous effondrer dans les bras l’une de l’autre, mettre sa médaille autour du cou, bout de métal ô combien symbolique de cette aventure émotionnelle. C’est pour ça que la course à pied, c’est tellement plus que simplement courir. 20 kilomètres de running, mais aussi 20 km de doutes et de joie. Des moments gravés à jamais dans ma mémoire. Plusieurs coureurs portaient sur leur chasuble l’expression « Mucho más que correr ». Elle résume tout ce que je pense de la course à pied. Courir, c’est tellement plus que ça. C’est renforcer des amitiés, apprendre à mieux connaître les autres et à se connaître soi, expérimenter avec ses limites et les dépasser. Si vous ne courez pas, courez. Et un jour, tentez la BSS et vous comprendrez.

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